On en croise de plus en plus sur les salons. Un carton noir, mat, un peu plus épais qu'une carte ordinaire. La personne l'approche du dos de votre téléphone, une notification apparaît, sa fiche s'ouvre — avec sa photo, son portable, et un bouton pour l'enregistrer d'un appui. L'effet est bon, et il l'est encore plus quand c'est vous qui tendez la carte.

Reste que l'effet ne suffit pas à décider d'un achat pour douze commerciaux. Ce qui décide, c'est de savoir ce qu'il y a dedans, ce qui se passe exactement au contact, et surtout dans quelles situations ça ne marche pas — parce que ces situations existent, qu'aucun vendeur ne les détaille volontiers, et qu'elles sont pourtant simples à contourner quand on les connaît d'avance.

Cet article explique le fonctionnement réel, sans schéma marketing. Nous fabriquons ce genre de cartes, ce qui nous rend suspects sur les conclusions ; nous avons donc essayé d'être précis sur les faits, y compris ceux qui ne nous arrangent pas.

Ce qu'il y a réellement dans la carte

Une puce de quelques millimètres, reliée à une antenne en spirale de cuivre noyée dans l'épaisseur du carton. Pas de batterie, pas de composant actif, rien qui s'use. On les désigne par leur référence — NTAG213, NTAG215, NTAG216 — et la seule différence pratique entre elles est la taille de leur mémoire.

Cette mémoire est minuscule : de l'ordre de 130 octets utiles sur une NTAG213, la plus courante. Et ce qui y est écrit tient en une ligne : une adresse web. Rien d'autre. Ni votre nom, ni votre téléphone, ni votre photo ne sont dans la carte.

Carte de visite noire tenue à contre-jour, laissant apparaître en transparence la spirale de cuivre de l'antenne NFC
À contre-jour, on devine la spirale de l'antenne. C'est tout ce qu'il y a dans la carte : une antenne, une puce, et une adresse de quelques dizaines de caractères.

Cette distinction paraît technique. Elle explique en réalité tout le reste, en bien comme en mal.

En bien : puisque la carte ne contient qu'une adresse, changer de numéro de portable ne demande pas de refaire les cartes. On modifie la page ; les cartes déjà distribuées, elles, continuent de pointer au même endroit et affichent la nouvelle information. C'est l'argument central de ces objets, et il est réel.

En mal : une carte qui ne contient qu'une adresse dépend entièrement de ce qui se trouve au bout. Si la page disparaît, la carte devient un carton inerte que personne ne peut réparer, y compris vous. Nous y revenons plus bas, parce que c'est le vrai risque de cette famille de produits.

Ce qui se passe quand on l'approche d'un téléphone

Le téléphone émet en permanence un petit champ magnétique. Approchée à un ou deux centimètres, l'antenne de la carte y puise assez d'énergie pour réveiller la puce, qui restitue son adresse. Le téléphone affiche alors une notification ; on la touche, le navigateur s'ouvre. L'ensemble prend une seconde.

La compatibilité, elle, n'est pas uniforme — et c'est la première chose à vérifier avant d'équiper une équipe qui travaille avec un parc de téléphones hétérogène.

Lecture sans rien faireCe qu'il faut
iPhone XS et plus récentOuiiOS 14 ou plus, écran allumé et déverrouillé
iPhone 7, 8, XNonPasser par le bouton « Lecture de tag NFC » du centre de contrôle
iPhone 6s et antérieursNonImpossible — il faut le code QR
Android récentOuiNFC activé dans les réglages
Android d'entrée de gammeVariableVérifier que l'appareil a une puce NFC : beaucoup n'en ont pas

Un détail qui cause à lui seul la moitié des « ça ne marche pas » : l'antenne du téléphone n'est pas au même endroit selon les marques. Sur un iPhone, elle est en haut du dos, près des objectifs. Sur beaucoup d'Android, elle est au milieu. Une carte présentée au centre d'un iPhone ne déclenche rien, et l'on en conclut que la carte est morte alors qu'il aurait suffi de la remonter de trois centimètres.

Les cinq cas où ça ne marche pas

Autant les connaître avant le salon plutôt que devant un client.

1. Le NFC est désactivé. C'est le cas le plus fréquent sur Android, où le réglage se trouve dans les paramètres de connexion et où beaucoup de gens l'ont coupé sans le savoir. Rien ne le signale au moment du contact : il ne se passe simplement rien.

2. Le téléphone est trop ancien. Un iPhone antérieur au XS ne lira pas la carte en arrière-plan, et un iPhone antérieur au 7 ne la lira pas du tout. Sur un salon industriel, où l'on croise encore des téléphones de cinq ou six ans, ce n'est pas anecdotique.

3. La coque fait écran. Une coque épaisse passe encore ; une coque métallique, une plaque de fixation magnétique pour support de voiture, ou un porte-cartes en aluminium collé au dos bloquent le champ. Là encore, aucun message d'erreur.

4. L'écran est verrouillé. Sur iPhone, la lecture en arrière-plan ne fonctionne que si l'écran est allumé et déverrouillé. Approcher la carte d'un téléphone posé écran éteint sur une table ne donne rien.

5. Il n'y a pas de réseau. Celui-ci est le plus important, et le seul qu'aucun réglage ne corrige. La carte livre une adresse, pas une fiche. Il faut une connexion pour que la page s'ouvre. Dans un hall d'exposition où trois mille personnes saturent la même antenne, dans un sous-sol, dans une usine en zone blanche, le téléphone lira parfaitement la carte et restera sur une page qui tourne.

Un code QR ne résout pas ce dernier point — lui non plus ne transporte qu'une adresse. En revanche, il résout les quatre premiers, ce qui explique que toute carte NFC sérieuse s'accompagne d'un QR, imprimé au dos ou affiché sur la fiche. Ce n'est pas un aveu de faiblesse : c'est le filet.

Une carte NFC sans solution de repli est une carte qui fonctionne pour huit personnes sur dix. Sur un stand, ce sont les deux autres dont on se souvient.

Ce qu'une carte NFC ne fait pas

Elle ne récupère pas le contact d'en face. C'est le malentendu le plus répandu, et il coûte cher quand on découvre après l'achat que l'échange reste à sens unique. La carte donne vos coordonnées ; elle ne capte pas celles de votre interlocuteur, exactement comme une carte papier. Pour repartir avec ses coordonnées à lui, il faut un autre geste : scanner sa carte, lui faire remplir un formulaire, ou lui demander de vous écrire depuis votre fiche. Si votre problème est de rentrer de salon avec quarante contacts exploitables, la carte NFC n'y répond pas — c'est un autre sujet, que nous avons traité dans le comparatif des façons de récupérer un contact sur un stand.

Elle n'installe rien. Ni chez vous, ni chez la personne en face. Aucune application n'est nécessaire d'aucun côté ; c'est une page web ordinaire qui s'ouvre dans le navigateur.

Elle ne se met pas à jour toute seule. La page peut changer, ce qui est l'intérêt du dispositif, mais encore faut-il que quelqu'un la change. Une carte NFC dont personne n'a corrigé la fiche depuis deux ans affiche des coordonnées aussi fausses qu'un carton périmé — avec en prime la conviction que « c'est à jour puisque c'est en ligne ».

Elle ne dit pas qui vous a scanné. Un compteur de visites, oui. L'identité du visiteur, non : le téléphone d'en face ne transmet rien à la carte, la communication est à sens unique. Méfiez-vous d'un vendeur qui vous promet de « savoir qui a consulté votre fiche » — pour tenir cette promesse, il faudrait poser des traceurs sur la page, ce qui est une tout autre affaire vis-à-vis des personnes qui la consultent.

Les six questions à poser avant de commander

Le prix d'une carte NFC varie de trois à quarante euros selon les fournisseurs, pour un objet dont le coût de fabrication est à peu près le même partout. La différence ne se joue donc pas sur la puce. Elle se joue sur ce qu'il y a au bout de l'adresse, et sur les six points suivants.

1. Y a-t-il un abonnement ? Beaucoup vendent la carte à prix coûtant et facturent ensuite la page, tous les mois. Le calcul semble indolore la première année ; il ne l'est plus quand vous équipez quinze personnes et que l'arrêt du prélèvement éteint quinze cartes déjà distribuées. Demandez ce qui se passe le jour où vous cessez de payer.

2. À qui appartient l'adresse ? Si la puce pointe vers un-fournisseur-quelconque.com/u/48219, vos cartes vivent aussi longtemps que ce fournisseur. Ce marché est jeune et voit passer beaucoup d'acteurs éphémères. Regardez depuis quand le domaine existe, et à quoi ressemble l'entreprise derrière.

3. Peut-on réattribuer une carte ? Un commercial part, un autre arrive. Si l'adresse gravée contient son nom — /martin-durand —, la carte part avec lui. Si elle est neutre, la même carte physique sert à son remplaçant sans reprogrammation. Sur une équipe qui tourne, c'est la différence entre racheter des cartes tous les ans et ne jamais en racheter.

4. Pouvez-vous modifier vous-même ? Certains fournisseurs conservent la main sur les fiches et facturent chaque modification. Vérifiez que vous — et idéalement chaque collaborateur pour sa propre fiche — pouvez corriger un numéro sans passer par un ticket.

5. La page est-elle indexée par les moteurs de recherche ? Elle ne devrait pas l'être. Ce sont les coordonnées nominatives de vos salariés : leur place est au bout d'une carte qu'ils ont tendue, pas dans les résultats de recherche à leur nom. Une adresse non devinable et une exclusion des moteurs sont le minimum.

6. Que récupérez-vous si vous arrêtez ? La question qu'on ne pense jamais à poser. Au minimum, un export de vos fiches.

Nos cartes coûtent 5 € l'unité, sans abonnement, et l'adresse gravée ne contient jamais le nom de son titulaire — c'est ce qui permet de réattribuer une carte à un remplaçant.

Voir comment elles fonctionnent

Ce qu'il faut en retenir

Une carte de visite NFC est un objet simple : une antenne, une puce, et une adresse. Toute sa valeur tient à ce qui se trouve au bout de cette adresse, et tout son risque aussi. Les questions techniques — quel iPhone, quelle portée, quelle mémoire — se règlent en cinq minutes et n'ont jamais fait rater un achat.

Ce qui fait rater un achat, c'est de découvrir dix-huit mois plus tard qu'un abonnement conditionne des cartes déjà distribuées, ou qu'un commercial parti emporte la sienne parce que son nom était gravé dedans. Ces deux points-là se vérifient avant de commander, en deux questions.