Il y a, dans presque toutes les entreprises que nous visitons, un tiroir qui contient des cartes de visite encore sous film. Deux paquets, parfois quatre. Elles sont là depuis le déménagement, depuis le changement d'opérateur téléphonique, ou depuis que le commercial dont elles portent le nom est parti. Personne ne les jette, parce que les jeter reviendrait à admettre qu'on a payé pour rien.

C'est pourtant exactement ce qui s'est produit, et c'est là que se trouve le coût réel d'une carte de visite. Ce n'est pas le prix de l'impression. C'est le rapport entre ce qu'on imprime et ce qu'on distribue avant que la série ne devienne fausse.

Cet article propose une façon simple de calculer ce rapport pour votre entreprise, et quelques manières de l'améliorer — dont plusieurs ne coûtent rien et ne demandent d'acheter quoi que ce soit à personne.

Le prix affiché, et pourquoi il ne veut rien dire

Une série de cinq cents cartes en 350 grammes pelliculé coûte, selon la finition et le délai, de l'ordre de quarante à quatre-vingt-dix euros hors taxes. Ramené à l'unité, cela fait entre dix et dix-huit centimes. C'est ce chiffre que l'on retient, et il est rassurant : une carte de visite ne coûte presque rien.

Ce raisonnement suppose que les cinq cents cartes seront distribuées. Posons-nous la question autrement : à quelle vitesse distribuez-vous cinq cents cartes ?

Un commercial qui fait quatre salons par an et une dizaine de rendez-vous par mois en donne peut-être cent cinquante à deux cents dans l'année. Un dirigeant de PME qui sort moins en donne quarante. Un technicien qui en a parce qu'« il faut bien » en donne dix. À ce rythme, une série de cinq cents représente trois ans pour le commercial, et dix ans pour le technicien.

Or presque aucune carte ne survit trois ans sans qu'une de ses lignes devienne fausse.

La date de péremption d'une carte

Une carte de visite porte cinq ou six informations. Chacune a sa propre espérance de vie, et c'est la plus courte qui décide du sort de toute la série.

Ce qui est impriméCe qui le fait changerStabilité
NomRien, sauf départ de la personneTrès stable
Nom de la sociétéRachat, changement d'enseigneStable
AdresseDéménagement, second siteMoyenne
Ligne fixeChangement d'opérateur, nouveau standardMoyenne
Intitulé de postePromotion, réorganisation, élargissement du périmètreFaible
PortableChangement d'opérateur, passage en flotte d'entrepriseFaible

Dans une entreprise de dix personnes, il suffit qu'une seule de ces six lignes bouge pour que la série de la personne concernée devienne inutilisable. Et sur dix personnes, il s'en produit plusieurs par an : une promotion, un portable qui change, un site qui ouvre.

Le calcul honnête n'est donc pas « combien coûte une carte », mais « combien de cartes distribuons-nous entre deux réimpressions ». Sur une série de cinq cents dont cent vingt ont été données avant qu'un changement ne condamne le reste, le coût réel d'une carte effectivement remise à quelqu'un n'est pas de quinze centimes : il est de soixante.

Le stock mort : ce qu'il coûte vraiment

Carte de visite posée sur un établi métallique, une ligne barrée au stylo et corrigée à la main
La correction au stylo est la solution que tout le monde essaie une fois. Elle ne survit jamais au deuxième rendez-vous.

Face à un stock devenu faux, trois attitudes se rencontrent, et aucune n'est bonne.

La rature. On barre l'ancien numéro, on écrit le nouveau au stylo. Cela fonctionne — sauf que la carte que vous tendez est le premier objet que votre interlocuteur associe à votre entreprise. Une carte corrigée à la main dit « nous n'avons pas pris le temps », au moment précis où vous cherchez à démontrer le contraire. Sur un marché où l'on vend de la rigueur, c'est un mauvais calcul.

L'écoulement. On continue à distribuer les anciennes « en attendant », en prévenant à l'oral que le numéro a changé. La moitié des gens l'oubliera avant d'être rentrés.

Le tiroir. On range, on rachète, et on ne jette pas. C'est l'attitude la plus courante, et la plus coûteuse : le montant est intégralement perdu, mais comme la dépense a déjà été comptabilisée l'an dernier, elle n'apparaît nulle part dans la décision de cette année. On réimprime cinq cents cartes en pensant que cela coûte quatre-vingts euros, alors que cela coûte quatre-vingts euros plus les soixante déjà enterrés.

Le coût qu'on ne voit jamais : la carte fausse

Tout ce qui précède se chiffre. Le vrai coût, lui, ne se chiffre pas — et c'est celui qui devrait décider.

Les cartes que vous avez distribuées avant le changement ne sont pas dans votre tiroir. Elles sont dans des portefeuilles, des tiroirs de bureau, des porte-cartes, chez des gens qui vous ont rencontré une fois et ont trouvé que votre affaire tenait la route. Certains vous rappelleront dans six mois, quand leur besoin apparaîtra.

Ils composeront un numéro qui ne répond plus. Et vous ne le saurez jamais.

C'est là que se trouve la dépense réelle : pas dans les cartons jetés, mais dans l'affaire qui ne vous est pas revenue parce que le seul lien qui restait entre ce prospect et vous était un carton imprimé deux ans plus tôt. Dans une PME industrielle où une commande se compte en milliers d'euros, un seul rappel perdu efface dix ans de budget d'impression.

Le coût d'une carte de visite ne se mesure pas au prix du papier. Il se mesure au nombre de personnes qui, un jour, ont voulu vous joindre et n'y sont pas parvenues.

Calculer le vôtre en cinq minutes

La méthode tient en quatre chiffres, tous disponibles sans chercher loin.

1. Le montant du dernier devis d'impression.
2. Le nombre de cartes de cette série réellement distribuées — une estimation honnête suffit : regardez ce qu'il reste dans la boîte.
3. Le temps passé à rassembler les informations, valider le bon à tirer et relancer l'imprimeur. Comptez-le au coût horaire de la personne qui l'a fait, dirigeant compris.
4. Le montant du stock précédent jeté ou rangé.

Additionnez 1, 3 et 4, divisez par 2. Le résultat est ce que vous coûte réellement une carte tendue à quelqu'un. Sur les cas que nous avons vus, il se situe entre quarante centimes et un euro cinquante — soit trois à dix fois le prix unitaire annoncé sur le devis.

Ce que cela ne veut pas dire

Ce n'est pas un plaidoyer pour supprimer le papier. Tendre une carte est un geste, un moment de contact physique dans une conversation, et il n'a pas d'équivalent : sur un salon industriel, la carte est attendue, et ne pas en avoir passe pour de la désinvolture.

Le sujet n'est pas le papier. C'est le cycle de réimpression, et il existe plusieurs manières de l'allonger sans rien acheter à personne :

Imprimer par séries plus courtes. Deux cents cartes coûtent à peine moins cher que cinq cents à l'unité, mais elles s'épuisent avant de devenir fausses. Le surcoût unitaire est très inférieur à ce que coûte un stock condamné.

Ne pas imprimer ce qui bouge. Un intitulé de poste précis et un portable direct sont les deux lignes les plus fragiles. Beaucoup d'entreprises s'en tiennent au nom, à la société, à la ligne fixe et à l'adresse e-mail — et donnent le portable à l'oral, à ceux qui en ont besoin.

Faire porter ce qui bouge par autre chose. Un code QR ou une puce au dos de la carte pointent vers une page que l'on corrige en trente secondes. Le carton reste identique ; ce sont les coordonnées qui deviennent modifiables. C'est ce que font les cartes de visite à puce, et c'est leur seul argument sérieux — le reste, l'effet de nouveauté sur un stand, s'use en une saison.

C'est exactement le problème que nos cartes NFC résolvent : le carton ne change plus, la page si. 5 € la carte, sans abonnement.

Voir comment elles fonctionnent

Quelle que soit la solution retenue, le raisonnement reste le même : une carte de visite ne coûte pas ce que l'imprimeur facture. Elle coûte ce que vous jetez, plus ce que vous ne saurez jamais avoir perdu.